Le Château de Barbarin à travers les siècles
L’histoire de Barbarin se lit dans les archives autant que dans les pierres. Cartulaire de l’abbaye de Bonnevaux, minutes notariales, inventaires de mobilier, actes de vente : chaque étape de la construction et chaque changement de main sont attestés. Nous vous en proposons ici le récit, siècle par siècle.
XIIe siècle : l'abbaye de Bonnevaux
En 1185, les moines cisterciens de l’abbaye de Bonnevaux, qui exploitent la grange de la Perrière de Primarette, occupent les lieux. Le cartulaire de Notre-Dame de Bonnevaux mentionne alors le bois de Barbarin « …in nemore de Barbarino… ».
XIVe siècle : Revel-Barbarin
Les premières pierres de la bâtisse actuelle sont posées au début du XIVe siècle. François de Revel et son fils Reynaud entreprennent la construction de cette tour de guet, dont le fief est concédé à une branche cadette de la famille. Installée près du château de son aînée, elle complète une organisation militaire dominant la plaine de Bièvre Valloire.
Jehan de Barbarin de Revel est le plus ancien seigneur connu à porter le nom de Barbarin.
Une fenêtre trilobée, vestige de l’ancien oratoire de la famille de Revel-Barbarin, témoigne encore de cette époque.
XVe siècle : Roussillon et Saussac
En 1441, la maison-forte appartient à Marie de Roussillon et à son époux Josserand de Saussac, premier baron du Velay. Le couple agrandit l’édifice par l’adjonction d’une aile et d’importants communs formant haute cour et basse cour.
C’est Marie de Roussillon qui commandite les deux grandes salles peintes. Dans la salle haute sera signé l’acte de vente de la paroisse de Monsteroux par le seigneur de Milieu événement dont la commune tire aujourd’hui son nom de Monsteroux-Milieu.
Dans l’actuelle salle à manger, un linteau de porte découvrant les armes de la famille de Saussac : c’est la seule représentation connue de ces armoiries.
XVIe siècle : des Saussac aux Émé de Saint Julien
Le 25 juillet 1565, Jean-François de Saussac, seigneur de Barbarin, acquiert la seigneurie de Revel, le château et sa terre.
Le 16 juin 1586, Richard Melchior de Saussac revend Barbarin pour 12 000 écus à Octavien Émé de Saint Julien (1551-1624), conseiller du Roi, président au Parlement du Dauphiné. Ces possessions marquent l’influence de cette illustre famille en bas Dauphiné. C’est à lui que l’on doit la tour ronde du château.
XVIIe siècle : les Émé de Saint Julien de Marcieu
Le seigneur de Barbarin est alors Ennemond Émé de Saint Julien, baron de Marcieu (1605-1670).
Un inventaire du 21 janvier 1640 décrit les biens meubles, immeubles, bestiaux et semences dépendant de la maison-forte, remis au fermier Louis Trouillet pour un prix annuel de 1 500 livres, quatre pourceaux et trente chapons.
La même année, son épouse Virginie Guiffrey de Monteynard fait entreprendre des réparations : un prix-fait du 12 février 1640 les confie au charpentier Antoine Gautier, de Beaurepaire, pour 39 livres. Elle trouve la dépense excessive !
XVIIIe siècle : de Marcieu à Lamalétie
Laurent-Joseph Émé de Saint Julien (1676-1742), deuxième marquis de Marcieu et gouverneur de Grenoble, époux de Gabrielle de Mistral de Montmirail, transforme la maison-forte en demeure. Il gère ici ses possessions du sud viennois. La façade sud est percée de vingt-trois fenêtres et donne sur une cour bordée à l’est par les écuries ; en contrebas de cette terrasse s’étendent les jardins.
Le 10 juillet 1745, après cent cinquante-neuf ans de possession familiale, Gabrielle de Mistral de Montmirail (« les visiteurs » ), veuve du marquis, vend Barbarin pour 50 000 livres à Pierre-Hilaire de Lamalétie, chevalier et trésorier général de France en la généralité du Dauphiné.
La qualité du fief de Barbarin
Un procès délibéré à Paris le 22 juin 1767 établit la singularité du fief : absolument indépendant de la seigneurie de Revel, il ne relève que du Haut Domaine de la Couronne. Revel, au contraire, n’est qu’un arrière-fief des archevêques de Vienne — et doit même des censives au seigneur de Barbarin.
La Révolution
Aucun pillage n’est signalé à Barbarin. Le 1er août 1789, la municipalité de Beaurepaire écrit à celle de Moras : « Messieurs, Revel dans le moment demande du secours pour eux et pour Barbarin, nous partons venez nous joindre à Barbarin… »
XIXe siècle : Luzy de Pélissac et Barrin de Champrond
À la vente du domaine, un inventaire détaillé décrit le château et son mobilier. On y relève, dans la salle à manger aux gypseries, « une douzaine d’assiettes de soupe, quatre douzaines d’assiettes, huit compotiers faïence de Strasbourg, quatre rideaux de fenêtres en indienne bleue… » — au total 108 assiettes et une trentaine de pièces de forme. Le notaire progresse de pièce en pièce : on retrouve aujourd’hui exactement le même plan, et la salle à manger a conservé ses gypseries.
Le domaine est acquis par François-Aimé de Luzy, marquis de Pélissac (1796-1851). Important propriétaire terrien, militaire, garde du corps du roi Louis XVIII puis maire de Revel, il n’eut que des filles. On lui doit les écuries à l’arrière du château ainsi que la ferme qui jouxte la grange à l’est.
En 1874, le baron Léon-Émilien de Barrin de Champrond (1829-1902) et son épouse s’installent à Barbarin et gèrent plusieurs centaines d’hectares et de nombreuses fermes. Un texte local rapporte que son cheval est enterré devant le château.
XXe et XXIe siècles : la sauvegarde
Le baron Joseph de Barrin de Champrond est propriétaire de Barbarin au début du XXe siècle. À son décès, le 17 mai 1923, la baronne Jacqueline de Barrin, née de Mauléon Narbonne, lègue le domaine à son fils Joseph de Barrin (1915-1998).
En 1984, celui-ci vend le château — et le château seul à Christophe Effantin . Pour la première fois depuis le XIVe siècle, l’édifice se trouve séparé du domaine dont il était indissociable.
Le 29 mai 1993, le château très délabré est vendu à Philippe Seigle.
Le 6 juin 2003, l’acquisition de la ferme, de la grange, des dépendances et d’une partie des terres rend enfin à l’ensemble sa cohérence. Sa restauration et son entretien sont aujourd’hui à la charge de la famille Seigle-Paillet, propriétaire du domaine, protégé au titre des Monuments Historiques.
Les sources historiques : L’histoire de Barbarin s’appuie sur des sources d’archives identifiées : cartulaire de Notre-Dame de Bonnevaux, Archives départementales de l’Isère (séries B, E, G et 3E), archives communales de Beaurepaire, archives privées des familles de Luzy et de Barrin de Champrond.
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